Jean-Henri Riesener (1734-1806)
- Arnaud Romieux Expert

- 8 juin
- 4 min de lecture
Commode livrée en 1786 pour la comtesse d’Angiviller à l’hôtel duGouvernement du Château de Rambouillet

Commode en acajou et placage d’acajou à ramages ronceux, la façade à léger ressaut ouvrant par cinq tiroirs sur trois rangs dont les deux du bas sans traverse, à décor de mouluration, les panneaux latéraux légèrement incurvés, les montants antérieurs et postérieurs arrondis reposant sur de larges pieds tournés cannelés en toupies.
Ornementation de mouluration de bronze doré et ciselé sous la frise et le bas, entrée de serrures en anneaux, chapiteaux surmontant les pieds et sabots.
Estampillée sur chacun des montants postérieurs J.H. Riesener.
Portant au revers deux marques au fer à chaud - un double G entrelacés et un chiffre R, toutes deux sous couronne royale ainsi qu’un numéro à l’encre noire partiellement effacé du N°668.
Époque Louis XVI, vers 1786.
(Plateau de marbre fleur de pêcher réparé et entrées de serrures rapportées à une époque postérieure ; fentes sur les panneaux latéraux, petits chocs, manque la clé, un anneau de tirage incomplet.)
Haut. 90 cm - Larg. 148 cm - Prof. 64 cm.
15 000 / 25 000 €
Provenance :
Livrée pour la chambre de l’appartement situé au 1er étage de l’hôtel du Gouvernement, au château de Rambouillet, cette commode fut destinée à la comtesse d’Angiviller, épouse du comte d’Angiviller, administrateur des arts et dernier directeur général des Bâtiments du Roi sous Louis XVI. Ce meuble réalisé par Jean-Henri Riesener illustre parfaitement son savoir-faire : un modèle d’équilibre et de
sobriété, alliant élégance et grande maîtrise technique.
- Château de Rambouillet, hôtel du Gouvernement pour la chambre des appartements de la comtesse d’Angiviller. (reproduite).
- Collection privée.
- Collection Viel, vente de Mes Maurice et Etienne Ader, Paris, Galerie George Petit, le 24 mai 1932, lot n° 89
- Collection privée.
Bibliographie :
– J. Nicolay, L’Art et la Manière des Maîtres Ébénistes français du XVIIIe siècle, Paris, 1956 & 1976, Fig. AA (reproduite).
– R. Serrette, Le mystère des double G couronnés enfin élucidé, L’Objet d’art, octobre 2024, p. 77.
– A. Maes, L’hôtel du comte d’Angiviller à Rambouillet. Une demeure à la mode à la vieille de la Révolution,
2024, Versalia, Revue de la Société des Amis de Versailles, p. 165 (reproduite)
– A. Maes, Le comte d’Angiviller Directeur des Arts sous louis XVI, 2025, Monelle Hayot eds
– Archives nationales, Paris, An O1 3288, An O1 3440, An O1 3638.
Expert : Arnaud Romieux
Provenance de la commode de Jean-Henri Riesener
L’ordre du garde général des meubles de la Couronne n°57 du 23 février 1786 mentionne pour le domaine de Rambouillet, sous la conduite du sculpteur Jean Hauré, entrepreneur de meuble de la Couronne pour Riesener 1 commode de 4 pieds et 6 pouces et 2 encoignures en bois d’acajou. 900 livres (An O1 3288) correspondant aux
dimensions de notre meuble

Le mémoire des Fournisseurs du garde meuble de la Couronne du 1er semestre 1786 à
Paris (AN O1 3638), dans le cadre de la soumission de M. Riesener pour les ébénisteries
mentionne notre commode avec une description plus précise cette fois-ci de l’ébéniste :
Commode de bois d’acajou plus recherchée que la précédente avec des moulures de bois autour des panneaux, une
moulure dorée en dessous de la frise ornée de consoles, chapiteaux ciselés (sur les pieds) et sabots entrée de serrure en
anneaux dorés d’or moulu… 400 livres

Une découverte lors de l’expertise : le numéro d’inventaire permettant de localiser la commode dans les appartements de la comtesse d’Angiviller
La découverte d’un numéro d’inventaire à l’encre noire non mentionné dans les catalogues de vente de 1932 et 1979, mis au jour lors de l’expertise d’avril 2026, révèle, bien que partiellement effacé, le numéro 668.

Celui-ci correspond à l’inventaire de novembre 1787 du domaine de Rambouillet, où fi gure également le n° 668. Il permet ainsi de localiser la commode au premier étage, dans les appartements de comtesse d’Angiviller, et plus précisément dans sa chambre.

1 commode de 4 pieds et 3 pouces à deux grands et trois petits tiroirs en bois d’acajou orné d’entrées en anneaux moulures et sabots de cuivre doré d’or moulu, le dessus de marbre blanc veiné. (An O1 3440) Nous noterons la différence de trois pouces relevée dans cet inventaire due probablement à une erreur de mesure, ce qui est courant dans les inventaires de ces époques.
La marque R couronné
La marque du R couronné correspond à l’inventaire de novembre 1787 du domaine de Rambouillet. Nous connaissons actuellement plusieurs meubles portant cette marque passés en ventes publiques et peu encore en collection publiques.

La marque des doubles G couronnés
Longtemps considérée comme la marque du garde-meuble du Palais des Tuileries, cette estampille a été réinterprétée grâce aux travaux de M. Serrette dans son article Le mystère des double G couronnés enfi n élucidé, démontre que cette marque ne se limitait pas aux Tuileries, mais relevait en réalité du Garde-Meuble en tant qu’administration.
D’une collection à l’autre
Nous retrouvons la trace de notre commode à plusieurs reprises lors du XXe siècle, notamment dans la vente de la collection Viel, lors de vente Ader à Paris à la Galerie George Petit, le 24 mai 1932 sous le lot N° 89. Également reproduit dans l’ouvrage de référence de J. Nicolay, L’Art et la Manière des Maîtres Ébénistes
français du XVIIIe siècle, Paris, 1956 & 1976, Fig. AA
Elle réapparaît dans la vente d’une collection privée en 1979 chez Mes Couturier et de Nicolay, Paris, Palais d’Orsay, 21 juin 1979, lot 127, également reproduite. Puis la commode passe dans une collection privée et se transmet par descendance jusqu’à réapparaître aujourd’hui.




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